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lundi 17 août 2015

Sur mon pouvoir magistral et mon contrôle sur les notions

Faire le deuil de mon pouvoir magistral, c’est le constat que j’établissais au début de 2004. Nous étions à l’aube des technologies mobiles, à l’adolescence d’Internet et, les nouvelles cohortes arrivant dans nos classes adoptaient des comportements très différents des cohortes précédentes. Je ne me sentais plus «le maître» incontesté et confirmé de mes notions théoriques. D’un point de vue didactique, pour le plaisir de compléter mes cahiers de notes de cours, je me suis mis à rechercher, sur le Web, des textes complémentaires aux notions de mon cours de l’automne. À mon grand étonnement et en le réalisant pour la première fois, j’ai trouvé dans lnternet, environ 90% du contenu de mon cahier de notes de cours et, en plus complet ! Mon étudiant pouvait ainsi, en utilisant certains mots-clés avec Google, trouver des notes théoriques sur les notions de mon cours, indépendantes de mes cahiers de cours. Alors la question qui me vint en tête est la suivante : Pourquoi un élève responsable viendrait en classe m’écouter pendant trois heures lui répéter et vomir les notions qu’il pouvait trouver dans Internet, par lui-même ? 

Mais faire le deuil de son pouvoir magistral est peut-être le deuil le plus difficile pour tous les enseignants qui, comme moi, avaient choisi ce métier pour donner un spectacle permanent à un groupe d'étudiants attentifs et pour être constamment au centre des événements ; un «maître-curé», un chef et un leader charismatique, celui qui contrôle, qui dicte et qui transmet les contenus de son cours avec une grande efficacité mais aussi, avec jalousie et isolement. C’est aussi le deuil le plus difficile pour tous les enseignants qui, comme moi, vivaient le rendez-vous avec le groupe comme une bravade ou une lutte possible ininterrompus, une précarité toujours recommencée quant à savoir qui l’emportera dans le rapport de forces pour faire apprendre les étudiants : «Je suis le patron et je contrôle tout, dit-il».

Mais c’est probablement dans le contexte des pédagogies appliquées et d'une grande confiance en soi, qu’on acceptera le mieux de changer de rôle. Changer de rôle pour être encore plus, parce que vous l'êtes déjà à différents niveaux ; un organisateur, une personne-ressource, un maître de soutien, un concepteur de moyens et de séquences didactiques gérés en partie sans être présent, un donneur de feed-back, un négociateur de contrats, un inspirateur de projets, un médiateur entre les élèves et d’autres sources d’information ou d’encadrement, plutôt que «livreur de notions» détenteur du savoir.

Comment ais-je opéré ce deuil graduellement, sans trop de grincements de dents ? Contrairement à certains confrères/consoeurs qui constataient le même phénomène, je ne me suis pas battu contre la vague mais je l’ai analysé et j’ai décidé plutôt de «surfer» sur la chose et de m’en servir positivement. Voici donc comment j’ai opéré les étapes de mon deuil magistral :


Étape 1. Éveiller mon imaginaire
Le désenchantement de la perte de mon pouvoir magistral, celui-là même qui m’aidait à avoir confiance en moi et en mon métier, perdra graduellement de ses effets négatifs et démoralisants par le remplacement que j’en fis grâce au recours à l’imaginaire, à l’indispensable et à la pratique. En effet, au lieu de me prendre la tête avec la sur-disponibilité des informations théoriques dans Internet, j’ai décidé de construire un site Web pour mes cours et, de mettre à la disposition des étudiants, la totalité de mon matériel didactique et théorique en y ajoutant une multitude de liens vers d’autres sites fournissant des informations pertinentes sur les notions de mon cours. Tant qu’à avoir une après-vie de pouvoir magistral, autant la rendre agréable et utile pour mes étudiants en lâchant prise sur mes contenus et en leur fournissant des informations additionnelles rapidement. Ainsi, mes contenus et ma didactique devenaient disponibles 24h sur 24, 7 jours par semaine via le Web.


Étape 2. Donner un sens positif à mon deuil magistral
Donner un sens au deuil se fît en me projetant dans l’avenir, comme enseignant libéré de ses contenus et de ses instructions. Un futur qui ne sera pas parfaitement comme je le voyais en 2004, mais quand-même, avec énormément de similitudes. J’imaginais mon avenir comme enseignant, avec le développement de l’Internet et les accès par téléphone intelligent (qui débutait), où mes étudiants pourraient avoir accès aux savoirs en permanence, sans restriction et partout. C’était les débuts de FaceBook et au lieu de me frustrer après mes étudiants, qui lisaient de moins en moins mes courriels, j’ai créé mon FaceBook de classe pour mes cours, demandant à mes étudiants de s’y inscrire et me suis mis en reste d’utiliser cet outil pour communiquer en temps presque réel. Voir le changement en y trouvant du positif, voilà bien une étape importante d’un deuil. Étant de nature plutôt positive, cette vision d’un futur simplifié ne me fût pas difficile à concevoir.

Étape 3 Accepter la séparation
Accepter qu’un étudiant réponde à une question en citant un texte pertinent autre que celui que vous avez fourmis avec vos notes de cours. Accepter qu’un étudiant puisse apprendre sans vous, avec l’aide d’une autre source. Il est toujours souhaitable qu’une séparation ne soit pas hors du champ de notre pensée. Il faut pouvoir se représenter la situation aussi clairement que possible et selon notre philosophie qui nous est propre. Dans ce cas, je pouvais facilement prendre un grand plaisir à envisager des étudiants cherchant des notions ailleurs que dans mes notes de cours et de me montrer le résultat de leur recherche avec fierté. Il m’arrivera même, souvent, de mettre au défis les étudiants «plus forts» de trouver d’autres sources d’information et d’apprentissage. «Monsieur, j’ai trouvé un autre textes que vous n’avez pas trouvez» et ce jeux devient très stimulant, amusant et rentable pour les apprentissages.


C’est donc à l’aube de 2004 que j’ai lâché prise sur mes contenus, que j’ai décidé de placer mes étudiants face à une disponibilité permanente des théories relatives à mes cours, que j’ai incité mes étudiants à la recherche d’autres sources de références pour les contenus théoriques de mes leçons et que ; je me suis concentré sur ma pédagogie et sur mes méthodes d’enseignement plutôt que sur la protection de ma matière comme le ferait un gardien du temple. J’ai aussi commencé à utiliser, dès 2006, mes étudiants et leurs trouvailles «en ligne» pour bonifier ma didactique en ce qui concerne mes cahiers de notes de cours.

Voir mon site de classe : http://yvesrmorin.blogspot.ca/

Yves R. Morin

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